Approche systémique pour la promotion de l’hygiène en milieu périurbain au Benin

Depuis octobre 2012, le projet WASHplus est mis en œuvre dans deux quartiers périurbains de Cotonou, la principale ville du Bénin. Après une étude de base quantitative et une analyse situationnelle qui ont permis de comprendre la problématique de l’hygiène dans ces quartiers, un programme pilote a été conçu en partenariat avec l’ONG ABMS/PSI. Ce programme pilote comprend un volet communication pour le changement de comportements et un volet de marketing social, et comporte trois axes à savoir le lavage des mains à l’eau et au savon, le traitement et la conservation de l’eau de boisson et enfin l’utilisation et l’entretien des latrines. Les mères et gardiennes d’enfants de 0 à 5 ans constituent la cible principale de ces actions de communication qui envisage de réduire les maladies diarrhéiques et le choléra.

L’analyse situationnelle réalisée au seuil du programme pilote a révélé que les connaissances des habitants des deux quartiers sur les mesures d’hygiène et d’assainissement sont en général faibles. Parmi ceux qui possèdent de bonnes connaissances, beaucoup n’en font pas toujours bon usage. Au manque d’information, s’ajoute l’ancrage des mauvaises habitudes en matière d’hygiène et d’assainissement dans le quotidien des populations, et le manque de disponibilité de produits WASH. Les populations gèrent leurs problèmes au quotidien et personne ne semble se préoccuper des répercussions négatives des actes actuels sur les populations elles-mêmes, les populations environnantes et les générations futures.

On peut donc dire que le défi auquel faisait face les acteurs du projet était très grand. Pour venir à bout de cette situation, des actions croisées de communication pour un changement de comportement étaient nécessaires, actions qui devaient tenir compte de la grande mobilité des populations de ces quartiers, de leurs activités, de leurs différentes occupations au cours d’une journée, bref des espaces qui occupent leurs vies au cours d’une journée.

Les principales caractéristiques des quartiers périurbains de Cotonou sont notamment la forte densité de la population, le dynamisme de la population, l’insertion de cette dernière dans des réseaux associatifs ou religieux qui se caractérise par la présence de nombreuses églises et groupements de femmes, la présence dans ces quartiers d’un nombre important d’écoles, la présence de radios locales très populaires auprès des populations. Ces éléments sont les constituants d’un système qui gouverne la vie dans les quartiers de Enagnon et Agbato.

Par définition, un système est un ensemble d’éléments interdépendants constituant une entité, une unité globale avec une limite. C’est un ensemble d’unités en interrelations mutuelles. Dans le cas d’espèce, le système est composé des ménages, des centres de santé, des écoles, des structures gouvernementales locales ou municipales, des structures religieuses comme églises, des groupements de femmes ou de représentants des quartiers.

Les ménages sont au centre de ce système car les cibles du programme passent une bonne partie de leur temps dans leurs maisons qui constituent donc de véritables espaces de communication et de démonstration des comportements promus par le programme WASHplus. Il n’est donc pas surprenant que les visites domiciliaires soient le principal mode d’action des relais communautaires dans ces deux quartiers. Chaque ménage reçoit deux visites hebdomadaires des relais qui touchent du doigt les dispositifs des lave-mains installés par les ménages ainsi que ceux de conservation de l’eau de boisson et la bonne pratique du lavage des mains et de l’utilisation des latrines.

Les formations sanitaires sont aussi un élément du système. En effet, le programme WASHplus vise les mères et gardiennes d’enfants de 0 à 5 ans et une bonne partie de ces dernières fréquentent ces centres pour les visites postnatales et pour les séances de vaccinations des bébés.

Les groupements sont aussi un élément du système car ils constituent des espaces de solidarité et partage d’expérience entre les membres. Ces groupements sont des associations non formelles qui réunissent essentiellement des femmes. Il s’agit donc de rassemblements de personnes pour un but donné, soit pour mener une activité commune, soit pour l’épargne et le crédit, soit des actions de solidarité. Ils sont le plus souvent constitués de femmes même si certains sont mixtes. Chaque groupement se réunit selon une périodicité donnée pour des activités données. C’est donc au cours de leur réunion que les relais passent les messages du projet WASHplus et échangent à bâton rompu avec les membres. L’intérêt ici est de communiquer avec plusieurs mères et gardiennes d’enfants à la fois.

Les structures religieuses sont un autre élément du système car elles constituent des espaces d’enseignement dont WASHplus s’est approprié pour faire passer le message sur l’hygiène et l’assainissement dans ces communautés. Nous sommes, en effet, en présence de populations très attachées à la pratique de la religion ce qui se remarque par la présence de nombreuses dénominations aussi bien catholiques, protestantes qu’évangéliques ainsi que musulmanes. Les responsables de certaines de ces structures ont donc accepté ouvrir leurs lieux de cultes à l’équipe de WASHplus afin de faciliter la communication avec les fidèles.

Les radios locales font aussi partie du système car elles sont très écoutées par les populations de Enagnon et Agbato. Elles sont donc de puissants outils de communication des messages sur le WASH. L’équipe du projet WASHplus a donc intégré CAPP FM et radio Tokpa, deux radios locales les plus suivies dans sa stratégie de communication avec la population. De nombreuses personnes ont témoigné avoir été touchées grâce aux spots et aux émissions interactives diffusés sur les ondes de ces radios.

Les écoles constituent un maillon important du système en place à Agbato et Enagnon. En effet, il est aujourd’hui démontré que travailler avec les écoles sur les questions WASH conduit non seulement au changement des comportements des élèves, mais exerce aussi une influence indirecte sur ceux de la communauté. Les enfants deviennent auprès de leurs parents des « relais » efficaces pour la duplication et la pérennisation dans la communauté des comportements souhaités ce qui confirme la pensée du poète Victor Hugo qui disait que « chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne ».

Comme on peut le voir, les différents éléments du système sont en interaction permanente. Les personnes visées par l’intervention à savoir les mères et gardiennes d’enfants se retrouvent en relation avec les différents éléments du système communautaire à des moments donnés de la journée. Ainsi, il n’y a pas de solution unique, exclusive. Les éléments du système fonctionnent de façon à réaliser ses objectifs à partir de différents points de départ et par différents moyens.

L’approche systémique donc est une façon innovante d’appréhender un système humain et de trouver la stratégie optimale pour l’aider à intégrer des changements. Il s’agit de répondre à un besoin de changement en s’appuyant sur les composants fondamentaux de la communauté afin de mobiliser les acteurs concernés dans une direction donnée de sorte à produire un résultat utile pour ces acteurs.

Grâce à cette approche le message du projet WASHplus passe par différents faisceaux pour atteindre les mères et gardiennes d’enfants parce qu’elles se trouvent à un moment donné de la journée ou de la semaine en contact ou impliquées dans l’un des éléments de ce système.

Armand A. AGUIDI
Coordonnateur WASHplus au Bénin

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A New Twist on CLTS in Benin

In an interview with WASHplus’s Sarah Fry, WASHplus Benin Country Coordinator Armand Aguidi reflects on the first triggering of the projects’ peri-urban CLTS activity on May 13.

  1. Qu’est-ce qui s’est passe aujourd’hui sur le terrain? 

Aujourd’hui nous avons eu droit à la séance de déclenchement dans le cadre de l’expérimentation de l’ATPC dans nos quartiers périurbains que sont Enagnon et Agbato. La séance d’aujourd’hui a eu lieu à Agbato. Ce déclenchement a été précédé d’une longue préparation qui a permis aux acteurs locaux comme les chefs quartiers et les conseillers de se retrouver face à la réalité de la mauvaise gestion de l’assainissement dans ce quartier.

De façon précise ce qui s’est passée aujourd’hui est l’étape ultime de l’ATPC. Les populations ont été rassemblées sur un espace vide de leur quartier et deux animateurs dont l’un de la Coordination Hygiène et Assainissement de la Direction Départementale de la Santé (DDS) et le second d’une des ONG ayant mis en œuvre l’ATPC dans le département du Zou les ont entretenus. Apres l’établissement de la cartographie du quartier, les étapes comme les voies de contamination fécale et le calcul de la dépense sanitaire liée aux maladies d’origine fécale ont été examinées.

  1. Quels résultats ont été atteints après ce déroulement de l’ATPC?

Les personnes présentes ont été très sensibles à la question de la contamination par les fèces. A la fin un comité de suivi a été mis en place pour suivre les engagements pris en termes de destruction de points d’insalubrité et de sensibilisation du reste de la population pour mettre fin à la défécation à l’air libre.

  1. Quels ont été les signes/réactions de déclenchement observées auprès des participants? Est-ce qu’ils ont pris une décision immédiate d’arrêter la DAL?

Les réactions n’ont pas été aussi claires. On a senti le dégoût mais personne ne voulait dire clairement qu’il pratiquait la défécation à l’air libre (DAL) et qu’il va l’arrêter. Mais chacun se cachait derrière l’autre sachant que la DAL est interdite; personne ne voulait se rendre coupable de cet acte. C’est peut être aussi une caractéristique du milieu urbain dans lequel des séances de sensibilisation ont déjà eu lieu sur l’interdiction de la défécation à l’air libre (DAL).

  1. Quelles sont les différences entre l’ATPC rural et urbain?

La différence ici c’est qu’il n’y a pas l’homogénéité de la population que retrouve dans les villages. Particulièrement Enagnon est un quartier qui regroupe des populations venant des quatre coins du Benin avec un fort taux de population venant des pays de la sous-région. Dans ce contexte, l’ATPC est plus difficile,

L’autre différence c’est la difficulté à mobiliser l’essentiel la population à une heure précise de la journée. Dans les villages l’autorité des chefs de village est plus forte qu’en ville.

  1. En plus, pourras-tu expliquer la différence de méthodologie ou approche?

Dans le cas d’hier nous n’avons pas fait la marche de la honte peut-être parce que nous étions loin du principal lieu de défécation. Par ailleurs, la fin de la DAL n’entraine pas nécessairement construction de latrines par les participants. La question a été posée en termes d’amélioration à apporter aux latrines publiques pour encourager les populations à les utiliser étant donné qu’elles reprochent à ses latrines de dégager beaucoup d’odeur. Le comité qui a été mis en place a été chargé de rencontrer les gestionnaires de ces latrines. Certaines personnes ont attiré l’attention sur la nécessite d’avoir des latrines modernes (sanitaires) car une partie de la population serait prête pour payer pour ce genre de latrine.

  1. Qui a participé du côté du gouvernement?

Du côté du gouvernement nous avons la direction départementale de la santé qui était présente et la séance a par ailleurs été animée par deux techniciens d’hygiène de la DDS.

  1. Penses-tu que cette activité est perennisable?

Oui elle l’est. Il faudra juste un suivi pour les premières rencontres du comité qui a été mis en place à la suite du déclenchement. A court terme le suivi de la fonctionnalité du comité mis en place devra être fait par ABMS et à moyen et long termes par la DDS. La présence du chef quartier est me semble-t-il, un gage de pérennité.

  1. Que faut-il faire pour l’améliorer?

Pour améliorer cette activité, il faut mobiliser un plus grand nombre de personne autour du sujet de l’arrêt de la DAL. Le quartier étant vaste, il faut répliquer l’action à d’autres zones du quartier afin de faire un courant de déclenchement. Je pense que c’est la clé du succès de l’ATPC en milieu périurbain.

 

Improving the quality of drinking water in schools: students take the initiative

By Armand AGUIDI AMOUSSOU, WASHplus Benin Coordinator, July 2015

Benin_WASH friendly schoolThe Benin peri-urban program has taken a new turn by including schools in its efforts to fosteri mproved hygiene practices. Lack of latrines, drinking water and hygiene is acutely felt by the schools. The 10 schools in the pilot neighborhoods of Enagnon and Agbato showed great enthusiasm and engagement after intensive sessions with ABMS school activities coordinator Victoire Mongbo. Together, they agreed on criteria and terms for becoming a WASH Friendly School, and are now engaged in a WASH Friendly competition. Handwashing with soap and nicely maintained school yards are becoming the norm, however, the need for classroom drinking water containers stirred up controversy as the schools have no money and teachers in the public schools are not allowed to ask parents for financial contributions. Instead, the teachers gave lessons in the importance of safe storage and treatment of drinking water. To her surprise, one enterprising 10 year old, Claudine, proclaimed that the students should contribute to the purchase of containers for their classrooms. The students organized a committee and decided on a level of 25FCFA (pennies) each. Fourteen students promptly contributed. They eventually raised 1, 025F, by using snack money and also asking parents who were more than willing to help. This experience has reinforced the idea that children can be powerful motivators of parents when they themselves are convinced of the right action. WASHplus is also working with the school directors to come up with alternative solutions to school WASH challenges.

Launch of Peri-Urban WASH Activity in Benin

women try out hand washing stations

To take advantage of the buzz around Global Handwashing Day in October, WASHplus/Benin organized an official program launch in Enagnon, one of the peri-urban neighborhoods where it is implementing a hygiene and water treatment activity. The event called together project community outreach workers, political and religious leadership, women’s cooperatives, school children, USAID and its key sector partners, with animation by traditional music and theater groups, to mobilize for improving WASH in urban areas. The Ministry of Health served as the convener, as the program is closely tied to its efforts to produce an urban WASH strategy. Attendance was robust—400 people participated in the festivities. The culmination of the event was a visit to the demonstration stands where participants could learn how to make various models of tippy taps and correctly use Aquatabs to safeguard their drinking water.